Caritas Genève, l’aide aux réfugié∙e∙s comme fil rouge

28.10.2022
Caritas Genève fête cette année ses 80 ans! En 1942, notre institution était fondée afin de venir en aide aux populations catholiques réfugiées à Genève, fuyant la guerre et le régime nazi.
Alors que l’année 2022 sera largement marquée, chez Caritas Genève, par ses actions en faveur des réfugié∙e∙s ukrainien∙ne∙s, elle célèbre aussi le 80ème anniversaire de notre institution. Or, comme un clin d’œil de l’Histoire, Caritas Genève a été précisément fondée en octobre 1942 pour venir en aide aux réfugié∙e∙s de la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion du vicaire général Monseigneur Petit et de la centrale de Caritas Suisse à Lucerne.

Caritas Genève, les débuts
Alors que le continent est à feu et à sang, des milliers de personnes trouvent refuge en Suisse, îlot de paix en Europe. À Genève, des camps sont installés en divers points du canton. L’hébergement et la nourriture sont pris en charge par les pouvoirs publics, mais les œuvres d’entraide – dont Caritas – ont la mission de récolter et de distribuer des biens de première nécessité – vêtements, chaussures et articles de toilettes – ainsi que de verser un maigre argent de poche aux réfugié∙e∙s.

Dans le Courrier de Genève, organe catholique, on trouve une première mention de «Caritas, Section de Genève» le 20 décembre 1942: «Les Conférences de Saint-Vincent de Paul de Genève, avec un zèle qui les honore, ont bien voulu, avec la collaboration de Caritas, la grande œuvre d’assistance catholique suisse, se charger d’organiser les secours en faveur de nos coreligionnaires réfugiés, internés aux Charmilles et au Bout-du-Monde. Beaucoup de ces malheureux manquent de linge de rechange et de vêtements chauds.»

Les premiers résultats
Au cours de sa première année d’activité, Caritas Genève vient ainsi en aide à 1522 refugié∙e∙s (hommes, femmes et enfants) de diverses nationalités, lit-on dans une notice historique rédigée pour son 25e anniversaire. Plusieurs membres du comité fondateur, dont le président Henry Sillion, assurent alors la visite des camps, leur permettant de connaître au mieux les besoins urgents.

Afin d’assurer le tri et la bonne distribution des vêtements, un vestiaire central – ancêtre du Vestiaire social – est aménagé à l’avenue du Mail, avant d’être déplacé à de multiples reprises. «Les dons s’entassaient dans une pièce. Ils provenaient des paroisses et des particuliers. Des dames dévouées procédaient à un tri parfois rebutant. Les vêtements utilisables étaient ‘remis à neuf’ avant d’être répartis. Pas moins de 4’800 objets furent distribués en 1943, 12’000 en 1944.» (Les origines de Caritas-Genève, Le Courrier, avril 1984)

De nouvelles missions
Avec la fin de la guerre, l’activité de Caritas Genève s’adapte au fur et à mesure que les réfugié∙e∙s repartent dans leurs pays d’origine. L’ouverture des frontières dévoile le spectacle désolant de régions européennes entièrement dévastées. L’«aide aux sinistrés» supplante alors l’«aide aux réfugiés». En 1945, Caritas et le Don Suisse lancent une vaste mission d’aide au Département français de la Moselle, particulièrement miné par les combats et l’occupation allemande.

L’opération démarre en avril. Il s’agit de récolter et d’acheminer des vivres, mais surtout des vêtements, des meubles et tout bien utile à la reconstruction. La doctoresse Débarge, qui pilote la mission de Caritas, témoigne régulièrement dans la presse genevoise: «La plupart des villages sont sérieusement touchés. Les églises sont réduites à l’état de filigrane: plus de toits, clochers en partie arrachés, murs ouverts (…). Partout, les gens souffrent beaucoup de l’absence de vêtements, de souliers, d’articles de ménage, de literie», écrit-elle notamment.

À Genève, l’élan de solidarité est immense et la communauté catholique contribue grandement aux collectes et aux convois qui partent de divers lieux en Suisse. Le sort des enfants est au cœur des préoccupations. Dès l’été 1945, Caritas, en collaboration avec la Croix-Rouge, organise l’accueil d’enfants mosellans durant trois mois dans des familles suisses et genevoises. Début juillet 1945, la doctoresse Débarge ambitionne de rapatrier en Suisse 1200 enfants «parmi les plus éprouvés».

Caritas Genève aujourd'hui
Sans avoir la même ampleur, d’autres opérations d’aide aux populations sinistrées suivront, notamment au Piémont, à  Fréjus, à Agadir, dans la plaine du Pô, en Hollande et en Yougoslavie (notice historique 25 ans de Caritas Genève). Mais les années d’après-guerre marquent surtout la diversification des activités de Caritas Genève dans d’autres domaines, comme la lutte contre la précarité locale, qui reste au cœur de son action aujourd’hui.

Jusqu’à ce jour, l’aide aux réfugié∙e∙s a néanmoins toujours jalonné l’histoire de l’institution. Parmi d’autres actions, on peut citer l’assistance aux réfugiés hongrois en 1956 ou l’intense activité du Pôle réfugiés, qui assura de 2001 à 2011 un lourd mandat d’accompagnement et d’aide sociale aux réfugié∙e∙s statutaires du canton de Genève. À cela s’ajoute le travail constant et toujours actuel du Service juridique auprès des requérant∙e∙s d’asile.

Depuis mars 2022, Caritas Genève s’occupe d’accompagner les familles d’accueil hébergeant des réfugié∙e∙s d’Ukraine dans le canton. Une mission inédite qui s’inscrit parfaitement dans cette belle aventure démarrée il y a 80 ans!